Le FRS, c'est aussi l'économie

« La France vit au dessus de ses moyens ». Francois Fillon résume bien la situation des finances publiques actuelles. Chaque année, nous payons près de 50 milliards d’euros, rien qu’en intérêts pour les dettes que nous avons contractées.

Chaque année, on nous promet l’équilibre budgétaire (ou au moins la réduction du déficit), et chaque année, c’est un échec. Morosité économique, urgences humanitaires et écologiques, plans de relances industriels ou financiers… Il y a (hélas) toujours des bonnes raisons de s’endetter, et l’Etat n’arrive pas joindre les deux bouts. Notre président, nos ministre de l’économie et du budget et nos élus s’emploient tous les jours à réduire au maximum les dépenses de l’état, négociant (à juste titre) des financements pour des missions cruciales de l’Etat, telles que les hôpitaux, les banlieues, les petites retraites, etc.

En somme, ce qui fait de noter société une société. L’Etat n’a plus de quoi faire son travail.

Pourtant il détient un autre levier pour réduire ses dépenses : à défaut de s’endetter moins, il peut s’endetter mieux. Explications.

Comment l’Etat trouve de l’argent ? L’Etat va vendre en bourse des reconnaissances de dettes, sous la forme d’obligations à terme, indexés ou non sur l’inflation, et sous la forme de bons du trésor.
Tous les acteurs des marchés financiers peuvent en acheter. Ce sont des actifs peu rentables, mais ils ont un risque très bas (l’Etat français pourra toujours lever des impôts pour payer ses dettes). Mélangés avec des titres plus risqués (et plus rentables), ces acteurs créent des portefeuilles avec des risques réduits pour un rendement plus élevé. Rien de critiquable là-dessus, chaque titulaire d’un plan d’épargne en bénéficie.

Mais, c’est l’Etat qui est souverain ? Pourquoi ne crée-t-il pas tout l’argent dont il a besoin ? Plus de dette, de l’argent à l’infini, le scénario idéal !
On n’est pas les premiers à y penser, et on a vu plusieurs fois dans l’histoire les dérives de ce système : les assignats français à la fin du XVIIIème siècle, certains pays d’Amérique du Sud au XXème : des dirigeants mal intentionnés ou mal informés créaient de l’argent sans mesure ni limite. L’économie est alors inondée de liquidités, l’inflation explose, l’argent ne vaut plus rien et le pays est plongé dans une catastrophe économique extrêmement grave.

En 1973, la France à donc renoncé à créer l’argent par elle-même, à part la monnaie fiduciaire (billets, pièces). Aujourd’hui, cette monnaie créée par l’Etat, c’est … 10% de l’argent en circulation. Mais alors, qui crée cet argent ?

Ceux qui créent l’argent sont … les banques. Comment est-ce possible ? Chaque banque a des fonds propres, apportés par ses actionnaires, plus leurs résultats annuels réinvestis. Elle prête cet argent. Chaque fois qu’elle fait un crédit, elle considère théoriquement qu’il lui est déjà remboursé, plus intérêts. Elle a donc plus d’argent, et peut effectuer de nouveaux prêts. Plus elle prête de l’argent, plus elle à le droit d’en prêter (dans la limite de ratios de solvabilités, elle ne peut pas prêter plus que 10 fois (sic) l’argent qu’elle a en caisse). C’est comme cela que l’argent est créé.

Les banques sont extrêmement contrôlées par les Etats. Ce principe fonctionne à peu près, depuis plusieurs centaines d’années. C’est ce système qui a permis notre niveau actuel de développement, sans dérive excessive des acteurs.
Mais pour faire le bilan, l’Etat s’endette auprès des banques au lieu de créer lui-même l’argent. Puis il s’endette auprès d’elles, leur offrant ainsi plusieurs milliards d’euros d’intérêts, pour des prêts à risque 0. Enfin, ces emprunts leur permettent de générer 9 fois cet argent pour d’autres prêts, et pour leur croissance personnelle. Beaux cadeaux s’il en est !

Ce système a subi de plein fouet le retournement de l’économie : pour une croissance faible, des coûts structurels importants pour l’Etat, pour le développement du pouvoir économique sur le pouvoir étatique, cet effet de levier s’est transformé en effet massue. Chaque année, il creuse un peu plus nos déficits, la dette publique prend une place excessivement importante dans le budget de l’Etat, jusqu’à pénaliser les missions régaliennes de l’Etat (hôpitaux, recherche, service public rural, sécurité, mais aussi fonds souverains, développement durable, infrastructures numériques …), et l’avenir de nos enfants criblés de dettes à leur naissance.

Ce système a été entériné dans les traités européens successifs, qui comme chaque jeu en équipe, commencent par s’assurer de la fiabilité de l’autre.
Il a été conçu au cours des trente glorieuses. La donne a changé, le système doit changer, sans s’autodétruire.

Ainsi, il paraît inévitable que l’Etat continue à s’endetter sur les marchés financiers, pour préserver la disponibilité d’actifs sans risque au marché, et surtout pour soutenir la capacité des banques de maintenir leur capacité de prêt pour que l’économie fonctionne.
Parallèlement, l’Etat pourrait émettre des titres financiers réservés à des banques publiques, type Oséo, caisse des dépôts, ou fond souverain.
Ces banques obéissent aux procédures de contrôle en vigueur. L’Etat s’endette partiellement envers elles : grâce au mécanisme ci-dessus évoqué, cela augmente leur capacité à générer des prêts (innovation, acquisition de titres d’entreprises stratégiques, financement d’infrastructures et de collectivités territoriales…).

Ce système aurait plusieurs avantages : la conservation d’une partie des intérêts de la dette à l’Etat, le financement d’un fond souverain, l’accès facilité du crédit aux PME (moteurs de l’emploi et de la croissance), à l’innovation, la préservation des actifs stratégiques français…
Quels sont les risques : le refus théorique du retour de l’Etat dans le secteur privé ? Plus grand monde n’est en mesure de défendre ce concept théorique face à la réalité des faits. Un nouveau Crédit Lyonnais ?… Des hauts fonctionnaires gérant des sommes considérables loin des règles prudentielles du privé ? C’est un risque. Il peut être évité, comme il l’est pour les banques françaises : astreinte à toutes les règles prudentielles du secteur privé, doublées par un contrôle par la Cour des Comptes, conseil de surveillance composé d’élus nationaux et de dirigeants de sociétés cotées.

La situation actuelle nous force à évoluer. Nous devons, en accord avec nos partenaires européens, mettre en place des actions actuelles et ambitieuses pour relancer notre économie.
Pourquoi pas celle-ci. Survivra-t-elle aux lobbies impliqués ?

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