La loi Leonetti donne l’accès aux soins palliatifs

 Sandrine Cabut, le 25/01/2011

68% des Français ignorent qu’il existe une loi interdisant l’acharnement thérapeutique.

Cinq ans après la loi Leonetti, qui a rendu illégal l’acharnement thérapeutique, où en est-on en France ? Un récent sondage, mené par OpinionWay auprès de 1.000 personnes, montre que le dispositif est encore mal connu du grand public : 68% des Français «ne savent pas qu’il existe une loi interdisant l’acharnement thérapeutique», et globalement plus d’un sur deux (53%) s’estime «insuffisamment informé sur les soins palliatifs». Mais dans les hôpitaux et en particulier dans les services de réanimation et de soins palliatifs, les prises en charge des malades en fin de vie se transforment, selon les médecins. «Nous recevons des demandes d’euthanasie qui s’étiolent quand les malades reçoivent des soins, sont entourés, accompagnés, et rassurés sur le fait qu’il n’y aura pas d’acharnement thérapeutique, raconte le Dr Anne Richard, présidente de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs (Sfap), qui estime que la loi de 2005 est «simple» et répond à «la grande majorité» des situations .

«Si le malade est conscient et sollicite un arrêt des traitements, le médecin a le devoir de lui expliquer les conséquences, et celui d’accéder à sa demande tout en le soulageant, précise cette spécialiste, ancienne chef de service de soins palliatifs au CHU de Saint-Étienne. S’il n’est pas conscient, il faut rechercher s’il a rédigé des directives anticipées ou désigné une personne de confiance.» Dans tous les cas, insiste-t-elle, «il y a une discussion avec l’équipe soignante, et le médecin doit faire appel à un confrère avec lequel il n’a pas de lien hiérarchique».

«La loi Leonetti a légalisé ce qu’on appelle les Lata (limitations et arrêts de traitement actifs, NDLR), qu’on faisait auparavant de façon illégale, se réjouit le Pr Jean-Roger le Gall, ancien chef du service de réanimation de l’hôpital Saint-Louis (Paris). Certes, tous les services n’en sont pas au même stade, mais on va dans le bon sens. De façon générale, on prend de plus en plus en compte les problèmes psychologiques des patients, de leur famille et des soignants.»

«Cette loi, unique au monde, nous a donné un cadre pour organiser les limitations thérapeutiques, qui répond bien aux situations cliniques auxquelles nous sommes confrontés», assure de son côté le Pr Louis Puybasset (neuroréanimation, Pitié-Salpêtrière, Paris). Selon lui, les pratiques et les mentalités ont beaucoup évolué en quelques années.

 Outils techniques et juridiques 

 «Avant, chaque équipe avait sa façon de travailler, certains arrêtaient tout facilement, d’autres faisaient de l’acharnement, mais on n’en parlait pas, c’était tabou. Aujourd’hui, nous avons des outils techniques et juridiques», explique le réanimateur. Il distingue toutefois deux situations bien différentes : d’une part, les défaillances d’organes (foie, appareil respiratoire…), de l’autre les atteintes neurologiques. «Aujourd’hui, grâce à des examens comme l’IRM morphologique et multimodale, on peut prédire avec précision le pronostic neurologique d’un malade pour décider ou pas de poursuivre la réanimation, ce qui était impossible il y a quelques années, précise-t-il. Mais cet examen n’est pas encore complètement validé, et il n’est pas encore utilisé partout.» En France, une dizaine d’équipes y auraient recours.

Pour autant, tous les problèmes ne sont pas résolus. «Nous sommes face à une injonction paradoxale, relève Louis Puybasset. D’un côté, on nous dit de ne pas faire d’acharnement thérapeutique. De l’autre, la T2A (système de tarification hospitalière) nous pousse à une hyperactivité qui peut confiner à l’acharnement thérapeutique.» Il souligne aussi la pression des industriels du médicament et de matériel médical, et celle des malades et des familles. «Nous sommes dans une société qui a perdu l’idée de la mort, c’est comme s’il y avait une sorte de droit à toujours guérir», regrette le Pr Puybasset, en rappelant qu’en Ile-de-France 95% des gens meurent à l’hôpital, seuls dans trois quarts des cas.

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2 réponses à “La loi Leonetti donne l’accès aux soins palliatifs

  1. Merci de parler de cette loi méconnue, cet article va beaucoup m’aider dans mes débats à venir :)

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