Christine Boutin : «Jamais je ne ferai perdre mon camp»

Christine Boutin, mercredi à Paris.

INTERVIEW par Le Figaro, article du 08/09/2011 – L’ancienne ministre tient l’université d’été du Parti chrétien-démocrate ce week-end à Lyon. L’occasion de lancer sa campagne.

LE FIGARO. – Pourquoi cette difficulté à convaincre que vous serez candidate ?

Christine BOUTIN. – Peut-être parce qu’en 2007 je m’étais ralliée à Nicolas Sarkozy. Mais la situation a beaucoup changé. La crise est grave. Les sujets de société auxquels j’ai consacré ma vie sont fragilisés. Il importe de répondre avec une liberté de ton que seule je peux me permettre, avec des propositions structurelles et véritablement innovantes. Je suis calme, déterminée, sereine. J’irai jusqu’au bout. Notre local de campagne est installé à Levallois, la souscription est lancée et je ne suis pas inquiète pour les 500 signatures. Le PCD possède désormais un large réseau et bon nombre d’élus… La seule chose que je peux vous dire c’est que jamais je ne ferai perdre mon camp. Et j’assume être une candi­date du premier tour.

On vous juge homophobe car vous dénoncez l’assimilation de la théorie du genre à une vérité scientifique…

Je ne vais pas passer ma vie à dire que je ne suis en rien homophobe ! C’est du reste complètement incompatible avec mes valeurs. Concernant la théorie du genre, il faut rappeler que c’est une idéologie développée dans les années 1960 par une Américaine radicale qui fut adepte d’un «féminisme de subversion» et a aujourd’hui changé d’avis… Cette théorie d’ordre philosophique qui nie la réalité biologique de la différence des sexes, sur laquelle notre société est fondée, n’a rien à faire dans un manuel de sciences. Discutée comme une théorie en cours de sociologie, lors d’un débat en philosophie, oui ; présentée comme une vérité biologique, non. Parents et enseignants doivent se défendre contre la confusion dans laquelle nos jeunes sont plongés.

Sur le plan économique, vos propositions sont plutôt à gauche…

Je défends une droite sociale et humaine dans la ligne de la démocratie chrétienne de Robert Schuman, convaincue que le degré d’humanité d’une société se mesure au sort qu’elle réserve aux plus faibles. Or aujourd’hui, si le moteur de notre ­société reste l’argent et l’individu, nous sommes arrivés à un point de rupture. Le 11 septembre 2001, nous avons assisté à une attaque symbolique contre le capitalisme. Dix ans après, ce capitalisme ­s’effondre totalement. Au cours de notre université organisée à cette date anniversaire, nous nous interrogerons sur ce que nous voulons comme société pour ­l’homme. Une économie au service de l’homme dans laquelle il n’est pas une simple variable d’ajustement.

Vous souhaitez la fin du capitalisme ?

Le capitalisme est arrivé à son terme et doit être refondé sur des bases nouvelles. Voir des écarts de salaire de 1 à 150 est irresponsable, et le peuple, au sens souverain du terme, ne le supporte plus. Autant il est juste qu’un responsable soit très bien payé, autant l’idée de mettre une limite me semble une nécessité citoyenne. Comme me semble nécessaire d’assurer à chaque Français, depuis sa naissance, un revenu de base allant de 200 à 400 euros, pour renforcer le sentiment d’appartenance à la nation et le lien social…

Que dites-vous de la démondialisation ?

Cette idée ne me séduit pas. La mondialisation est inévitable, mais il faut aller vers l’universalisation du monde : l’acceptation des différences de culture avec un objectif transversal de justice…

Que pensez-vous des prières des musulmans dans la rue ?

Une majorité de musulmans vivent leur foi dans les mosquées ou chez eux. D’autres non, qui peuvent être excessivement dangereux et utiliser la religion à des fins temporelles de prise de pouvoir. Ces agitateurs doivent être combattus avec rigueur. Les chrétiens ne prient pas dans la rue sans autorisation préfectorale.

Jean-Christophe Fromantin vient de créer son propre parti. Des regrets ?

Le maire de Neuilly-sur-Seine, qui a un vrai talent et que j’estime, fonde sa réflexion sur l’aménagement du territoire. Il a compris qu’il lui fallait une structure propre pour exister. Pour autant, nous ne sommes pas très éloignés et il sera d’ailleurs à notre université, comme le député UMP de la Drôme Hervé Mariton. Le temps viendra de constituer mon comité de soutien…

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