Boutin : « Je ne m’attends pas à être présidente et je l’assume » / entretien le JDD

LeJDD.fr poursuit avec Christine Boutin sa série hebdomadaire de grands entretiens. Candidate en 2002, elle avait fait l’impasse en 2007 après avoir négocié avec Nicolas Sarkozy. Cette fois-ci, elle se dit « absolument déterminée » à aller jusqu’au bout. « Rien ne pourra m’arrêter. Rien. »

 

Le Sénat a basculé à gauche dimanche dernier. Est-ce une défaite historique?
C’est historique mais cela n’a rien d’une surprise. Certes il y a une dimension mathématique, la plupart des grands électeurs étant dans l’opposition. Mais au-delà de ça, il y aussi un mécontentement très important des élus ruraux qui expriment beaucoup d’inquiétudes au sujet de l’application de la réforme des collectivités territoriales. C’est manifestement un échec pour la majorité.

Un échec qui pourrait se répéter lors de la prochaine présidentielle?
Quand on est de droite et que l’on vient de recevoir une telle claque, on ne peut pas dire que toutes les conditions soient réunies pour conserver le pouvoir en 2012. Mais chaque élection est spécifique. On pourrait affirmer que la gauche va l’emporter. Je pense au contraire que c’est très ouvert.

«La politique est toute sauf rationnelle. Savoir ce qui peut se passer dans six mois relève de l’impossible.»

Christine BoutinLe climat des affaires, qui perturbent la majorité depuis quelques semaines, a-t-il joué sur le choix des grands électeurs?
Les histoires de mallettes, les témoignages de Robert Bourgi, etc. n’ont pas eu d’incidence directe sur les grands électeurs. En revanche, vis-à-vis de nos citoyens, cela a un effet dévastateur sur l’ensemble de la classe politique, la droite en particulier. C’est inquiétant pour la démocratie. Il faut absolument remettre de la morale, de l’éthique, de l’exigence dans les comportements de la vie politique française. Tant que les élus n’obligeront pas leur conscience à plus de rectitude, on pourra faire tous les textes de loi, ça ne changera rien.

Avec la mise en cause de plusieurs de ses proches, Nicolas Sarkozy est-il le mieux placé, à droite, pour la prochaine présidentielle?
La politique est toute sauf rationnelle. C’est ce qui est passionnant dans l’exercice de ce métier. Aujourd’hui, il est  vraisemblable que ce climat d’affaires porte préjudice à la droite et au président de la République. Mais notre pays est aussi au bord de l’effondrement et savoir ce qui peut se passer dans six mois relève de l’impossible.

Alain Juppé pourrait-il faire office de recours à droite?
Même quand il a été en grande difficulté, je lui ai toujours été fidèle. Il est pour moi un homme éminemment respectable. S’il était resté à la tête de l’UMP, le parti ne serait en situation d’implosion comme il est actuellement.

«Le politique peut suivre deux voies : la démagogie ou la pédagogie. J’ai choisi la seconde.»

Et Jean-Louis Borloo?
On verra, mais je ne crois pas un seul instant au rassemblement centriste, que ce soit avec Borloo et Hervé Morin, François Bayrou ou Dominique de Villepin. J’avais certes invité Jean-Louis Borloo à un meeting, avant son départ de l’UMP d’ailleurs. Mais à partir du moment où le Parti radical a  pris position pour le mariage homosexuel, il n’y avait plus aucune alliance objective possible avec Jean-Louis Borloo.

Pourquoi le mariage homosexuel est-il central dans votre combat politique?
Le politique, parce qu’il détient le pouvoir, peut suivre deux voies : être démagogue ou être pédagogue. J’ai choisi le second camp, qui, en général, est battu. Mais j’ai toujours été élue malgré ce que je pensais. Et parmi les principes que je défends, j’assume être contre le mariage homosexuel. Pour expliquer ma position, il faut définir ce qu’est le mariage. En 1792, les révolutionnaires, en créant le mariage civil, ont considéré que l’engagement d’un homme et d’une femme devant la mairie assurait la pérennité de l’Etat par la naissance des enfants. Je n’ai rien contre les homosexuels mais deux hommes ou deux femmes ensemble ne peuvent pas assurer cette pérennité.

Ils pourraient adopter…
Certes, mais le mariage homosexuel ne se traduit pas par l’engagement à adopter. Par ailleurs, je pense qu’un enfant a besoin d’un papa et d’une maman. Je ne dis pas qu’il s’agisse d’une assurance tous risques. Naturellement, il peut y avoir des échecs et des accidents de la vie. Moi, j’ai perdu ma mère à cinq ans et je suis issue d’une famille recomposée. Mais je reste persuadée qu’avoir un père et une mère permet de mieux se construire.

Vous avez une autre priorité, l’éducation. Que proposez-vous?
Mes demandes n’ont rien d’original mais requièrent une forte volonté politique. L’objectif premier doit être l’apprentissage des bases – lire, écrire, compter – à la sortie de l’école primaire. Je suis par ailleurs pour la suppression du collège unique. Afin de clarifier les choses, le ministère de l’Education nationale doit être rebaptisé en ministère de l’Instruction publique. Les professeurs ne doivent pas « éduquer », une mission réservée au strict cadre familial, mais « instruire ». Comme il y a des familles en difficulté, il faudrait créer des « écoles des parents ».

«Il faut une meilleure répartition de la richesse, avec un revenu de base pour tous.»

Vous proposez un « revenu de base ». De quoi s’agit-il?
Je revendique une meilleure répartition de la richesse. Calculé sur un budget constant, il s’agit d’un revenu mensuel distribué de la naissance à la mort, sans conditions de ressources. Jusqu’à 18 ans, il sera de 200 euros, puis de 400 euros à l’âge adulte. Bien sûr, ces chiffres ne sont pas immuables et peuvent être ajustés. Comment le financer? Par la refonte globale de la fiscalité des ménages : il s’agit d’une réforme à dépenses constantes pour l’Etat, qui ne coûtera pas un centime.

Une contrepartie sera-t-elle exigée?
Nous demanderons que tout citoyen donne une année de sa vie, dans le cadre d’un service national rénové. Pour éviter de perturber un projet de vie, cette année pourra se dérouler entre 18 et 30 ans.

Vous souhaitez donc réformer les impôts en France
Il faut une réforme fiscale totale, car je ne sais même pas si quelqu’un est encore capable de comprendre la fiscalité française. Nous mettrons tout à plat et créerons un impôt pour tout le monde, sur le travail et le capital, avec deux tranches : du premier euro jusqu’à 20.000, c’est 15% ; au dessus de 20.000 c’est 30%.

«Je ne suis absolument pas tétanisée de ne pas être au second tour.»

Vous n’avez pas peur de ne conduire qu’une candidature de témoignage?
Je n’ai peur de rien. Je suis à une période de ma vie magnifique où j’ai l’expérience, la maturité et où je n’attends rien. J’ai eu une carrière magnifique et j’ai défendu mes convictions. La France est à la croisée des chemins et il est important que les choses soient dites. Elles seront écoutées, entendues ou pas. Je ne m’attends pas à être présidente de la République et je l’assume. Je ne suis absolument pas tétanisée de ne pas être au second tour. Je pense même que je ferai moins de 5%. Je l’assume et après tout on ne sait pas. Mais si je fais 3% ce sera très important pour le second tour.

Au soir du premier tour, vous irez donc négocier avec le candidat de droite?
Vraisemblablement, puisque la gauche a pris position pour le mariage homosexuel. Avec la droite je négocierai sur cette question et sur le principe du revenu de base. Si je n’ai pas satisfaction : liberté de vote.

Où en êtes-vous de vos parrainages?
J’ai déjà toute ma réserve de 2002 – j’en avais recueilli 700 –, il y en a encore un certain nombre qui sont là. Cela tombe régulièrement et cela n’est pas une inquiétude. Même si on me pose souvent la question.

C’est ce qui fait la différence entre les candidats qui iront au bout et les autres…
Vous pouvez considérer que je suis candidate. Je suis absolument déterminée, rien ne pourra m’arrêter. Rien. L’enjeu est majeur. Il faut se rendre compte de cela et, ce qui est proposé à gauche ne me semble pas à la hauteur des enjeux.

Vous n’êtes pas séduite par la primaire socialiste?
Je suis scandalisée, ahurie! Ce n’est pas parce que c’est la gauche mais pour le principe. Je suis républicaine et cela me semble contraire à la Constitution. Encore ce serait à l’intérieur du parti, mais là cela prend des proportions incroyables. Si la droite fait pareil à quoi va servir le premier tour? On va changer de constitution? Tout le monde trouve ça normal, le ministère de l’Intérieur est d’accord, mais on est en train de se faire cocufier! Sans en avoir l’air!

EN VIDEO : Si j’étais élue présidente de la République…

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