Je ne me présente pas contre Nicolas Sarkozy ! Je me présente pour porter un projet auquel je crois

Christine Boutin s’est entretenue dans le magazine Valeurs Actuelles où elle a pu exposer les raisons de sa candidature et ses espérances pour la campagne présidentielle de 2012. 

Vous avez été deux ans ministre de Nicolas Sarkozy. Pourquoi vous présenter contre lui ? 

Je ne me présente pas contre Nicolas Sarkozy ! Je me présente pour porter un projet auquel je crois. Je ne renie rien de ma participation au gouvernement. La question du logement m’a toujours passionnée. Mais durant ces deux années, j’ai porté seule ce secteur, qui n’intéressait ni le premier ministre, ni le président de la République. Cet épisode ministériel a été une période douloureuse de ma vie politique. Mais c’est une expérience supplémentaire qui, ajoutée à mes convictions, justifie le fait que je sois aujourd’hui candidate à l’élection présidentielle. Je suis candidate par devoir moral. Ce n’est pas l’amertume qui me guide, mais la volonté de remettre l’homme au coeur des politiques, en rappelant un certain nombre de valeurs essentielles, et pourtant oubliées, comme l’équité ou le respect de la vie, de la conception à la mort naturelle.

Qu’espérez-vous retirer de cette candidature ? 

Je suis une femme d’expérience, je suis lucide. Je sais que je ne serai pas présente au second tour de l’élection. Je regarde dans le champ des possibles, et me pose la question : qu’est ce qui est réaliste ? Je porte des propositions concrètes, et après le premier tour, je discuterai avec le candidat de la droite républicaine qui sera présent au second tour en toute transparence.
Mon soutien sera conditionné à un certain nombre d’engagements : par exemple, l’inscription dans la Consti- tution du mariage en tant qu’union de deux personnes de sexe différent.
J’aurais préféré qu’il n’y ait pas de doute sur les engagements de Sarkozy sur cette question primordiale. Ce n’est pas le cas. Aujourd’hui, être candidate à l’élection présidentielle est mon seul moyen de peser dans le débat public, de défendre des valeurs auxquelles je tiens.

En 2007, vous n’aviez pourtant pas eu besoin de vous présenter pour obtenir ce que vous vouliez.

En 2007, j’avais pu négocier avec le candidat Sarkozy. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas : nous sommes entrés dans un rapport de force. Mon ralliement en 2007 était soumis à deux conditions : pas de mariage homosexuel, pas d’euthanasie. Mais la conviction de Sarkozy sur ces sujets me paraît très légère. Il n’a pas d’exigences anthropologiques suffisamment importantes pour pouvoir résister aux lobbies qui l’entourent.
Nicolas Sarkozy pense à sa personne, pas à ses idées. Il raisonne en parts de marché. Il acceptera de légaliser le mariage homosexuel s’il croit que c’est une part de marché. De mon côté, je veux qu’il y ait une expression mathématique en pourcentage de voix qui montre que ce que je défends est important pour les Français. Mon score devra être suffisamment conséquent pour déterminer le second tour : je souhaite atteindre les 3 %. Nicolas Sarkozy ne comprend que la force.

N’avez-vous pas peur de provoquer un « 21 avril à l’envers » si votre candidature empêchait Sarkozy d’être présent au second tour ?

Ce n’est pas à Sarkozy que je vais voler des voix, c’est à Marine Le Pen ! Et je pourrai apporter à Sarkozy des voix qui se seraient autrement abstenues. Une partie de ses électeurs de 2007 l’a quitté. Ceux-là peuvent se retrouver dans mes positions.

Quels sont aujourd’hui vos liens avec l’UMP ?

Aucun ! Ma formation, le Parti chrétien-démocrate, est un parti associé à l’UMP, mais qui garde son identité propre. En contrepartie de cette association, l’UMP me versait 80 000 euros par an depuis 2002. Depuis deux ans, nous n’avons plus rien reçu, sans aucune raison. J’ai essayé de savoir pourquoi, je n’ai pas obtenu de réponse. Ce qui est sûr, c’est que ce n’est pas un signe d’amour.
J’ajoute qu’en 2009, le Forum des républicains sociaux a fait une convention pour changer son nom en Parti chrétien-démocrate. C’était un samedi. Le mardi suivant, j’ai été éjectée du gouvernement. Je ne sais pas s’il y a un lien de cause à effet, mais reste une proximité de dates très étonnante : la question mérite d’être posée.

Vous estimez-vous victime de pressions ? 

Absolument, et elles ne sont pas nouvelles. Peu après ma sortie du gouvernement, j’ai été victime d’une campagne calomnieuse au sujet de ma mission sur les conséquences sociales de la mondialisation. Je soupçonne certains membres de l’UMP d’être à l’origine de la polémique sur cette mission, pour laquelle je n’ai jamais touché un euro. Je n’avais même pas signé mon contrat quand l’affaire a éclaté ! J’ajoute qu’à ma grande surprise, je rencontre énormément de difficultés pour obtenir mes parrainages. J’en avais eu 700 en 2002, sans l’aide de personne. Aujourd’hui, j’en ai 150. C’est inquiétant. L’UMP met tout en oeuvre pour étouffer ma candidature. Cette semaine, Jean-François Copé a réuni les cadres du parti pour leur indiquer qu’il fallait parrainer exclusivement le candidat de l’UMP. Je ne pouvais pas imaginer qu’un parti républicain et démocrate puisse avoir de telles pratiques ; je trouve cela scandaleux. L’UMP refuse l’expression diverse. Ce parti cadenasse la démocratie.  

Propos recueillis par Geoffroy Lejeune 

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